39 - Billet d'humeur d'Helen Monnet "Rachat d'Alsthom : et si l'essentiel était ailleurs ?"

Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,

Une fois n’est pas coutume, au vu de l’actualité,  je vais commettre ce mois-ci « un billet d’humeur », comme on dit dans le langage journalistique. Je l’ai intitulé :
 

  RACHAT d’ALSTOM : ET SI L'ESSENTIEL ÉTAIT AILLEURS ? 

©Ruth Mössmer

©Ruth Mössmer

« L’avenir d’un des « fleurons de l’industrie française » est en jeu, certes. A l’heure de la longue crise que traverse la France, le rachat d’une partie névralgique d’Alstom par un groupe issu de l’étranger vient fragiliser encore le moral en berne de nombre de nos concitoyens.

J’entends ici ou là des « cocoricos » indignés. Mais à l’heure de la globalisation de notre petit village mondial, est-il si important de considérer en premier lieu l’origine nationale d’une entreprise, si brillante soit-elle ?

Le groupe Alstom s’est d’ailleurs largement internationalisé et ce, depuis de nombreuses années.
N’est-ce pas plutôt la pérennité de l’entreprise qui doit primer ? N’est-ce pas d'abord son formidable potentiel d’innovation qui doit survivre ?

Mais sur quoi reposent-ils ? Avant tout sur des hommes. Managers, ingénieurs et ouvriers spécialisés sont au cœur de ce qui fait la fierté de ce génial constructeur.

Aussi n’oublions pas qu’au-delà des aspects financiers et juridiques, évidemment incontournables dans une opération d’une telle envergure, un rapprochement d’entreprises met surtout face à face deux équipes de dirigeants qui sont tenus, en préambule à toute autre considération, de s’accorder en profondeur, afin d’élaborer une nouvelle vision partagée de la future entité. 

Deux cultures d’entreprise vont être en présence, et en outre, de deux origines géographiques différentes. Le challenge est de taille, bien sûr. Mais l’essentiel n’est-il pas la compréhension pleine et entière des enjeux d’Alstom, à laquelle devront parvenir les membres des deux comités de direction ?
 
Il va leur falloir sauvegarder au mieux ce qui doit l’être – « les bonnes pratiques » - et en terme de management, ré-inventer une intelligence collective qui saura être opérationnelle dans les meilleurs délais. Il ne s’agit donc pas dans le cas d’Alstom de se situer dans une logique du « OU » - un choix entre Siemens ou General Electric – mais plutôt dans une logique du « ET », à savoir du 1+1 =3. En un mot, la créativité de ces dirigeants se devra d’être transculturelle au sens large. 

Alors qu’ils s’agisse pour les français d’Alstom de travailler confraternellement avec des américains de GE ou des allemands de Siemens, la difficulté sera, à mon sens, strictement la même. Au delà, il est vrai, de quelques différences linguistiques, il va être surtout question d’ouverture, d’écoute, de confrontation technique et de flexibilité conceptuelle - sans trop d’idées préconçues de part et d’autre - mais aussi et surtout d’entente sur un certain nombre de valeurs de base qui fondent l’organisation d’une grande entité industrielle. Bref de belles compétences et qualités humaines. Ce sont elles qui engageront AVANT TOUT le projet vers la réussite.

La véritable question est celle-ci : chez les deux sociétés postulant à la fusion-acquisition d’Alstom, GE et Siemens, quels sont « les hommes de bonne volonté » qui sauront intelligemment combiner leur expérience et leur valeur-ajoutée intrinsèque pour la mettre au service d’une innovation de haut niveau et de grande ampleur. Et pour que ces êtres humains-là donnent le meilleur d’eux-mêmes dans ce contexte hyper complexe et en un laps de temps hélas trop restreint, un accompagnement digne de ce nom, effectué par des coachs multiculturels certifiés parait alors on ne peut plus indispensable. En effet, la « métaposition » occupée par cette catégorie de professionnels ainsi que leur acuité de décryptage comportemental contribuent à ne laisser échapper « aucun angle mort » dans les négociations, susceptible d’inadéquation organisationnelle future ou de discordance managériale. Ils facilitent l’émergence d’une véritable vision partagée, étayée par des fondements plus réalistes… et donc réalisables.

On le voit bien ici : tout cela n’a rien à voir avec l’américanisme ou la germanité. Ainsi, ce que je me permets de nommer notre « ego franco-franchouillard » est, de nos jours, tout à fait déplacé. Et même, si j’ose dire, « plus de mise » : d’ailleurs, il me semble que les caisses de l’état français sont vides et que les contribuables hexagonaux sont saignés à blanc, non ?
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Helen Monnet