15 - Jean-Louis Servan Schreiber : « Trop vite ! pourquoi nous sommes prisonniers du court-termisme » aux éditions Albin Michel.

 ©M.Roudnitska

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Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,

J’espère que vos vacances ont été vraiment reposantes tout en étant riches de rencontres et d’expériences sympathiques. En cette rentrée, je vous invite à réfléchir sur notre rapport au temps, grâce au livre de Jean-Louis Servan Schreiberintitulé « Trop vite ! pourquoi nous sommes prisonniers du court-termisme » paru chez Albin Michel.

L’auteur y passe au crible tous les symptômes de notre course effrénée dans les principaux secteurs de l’activité humaine, avant de nous amener à des prises de conscience salutaires, me semble-t-il :

« Depuis que notre civilisation technicienne a pris son essor au XIXème siècle, une urgence supplémentaire s’est imposée : celle d’étendre les progrès matériels au plus grand nombre (…) La vitesse nait de la nécessité sociale. La mondialisation n’est pas seulement celle des échanges et des capacités de production, elle est aussi celle des impatiences. »

Voici quelques exemples de court-termisme que nous propose Jean-Louis Servan Schreiber. Tout d’abord, en politique :

« Une loi est présentée tambour battant aux Assemblées. Médiatiquement, l’affaire est donc traitée. Mais(…)« il arrive qu’à peine le projet de loi déposé sur le bureau de l’Assemblée Nationale, déjà les commissions se réunissent pour travailler et la loi est examinée en huit à dix jours. Cette précipitation aboutit à des textes législatifs illisibles, donc inopérants. »

Puis en entreprise :

« Dans les méthodes de gestion du temps, un des premiers exercices suggérés consiste à trier l’urgent de l’important, dans le but de conserver la priorité à l’important. » Or « un des traits de la révolution culturelle en marche est la confusion croissante entre ces deux notions.(…) c’est ainsi que dans nos vies comme dans nos interactions sociales, l’urgence est devenue le mode de traitement privilégié ; « par défaut », comme disent les informaticiens .»

Egalement, dans le domaine financier :

« La réponse à l’urgence de la crise de 2007, pour éviter qu’elle soit aussi meurtrière que celle de 1929, a été, partout dans le monde, l’accroissement immédiat de l’endettement des états. Le système a été sauvé, ici et maintenant. Les générations suivantes paieront. »

Dans le domaine environnemental, bien sûr :

« Il apparaît que la plupart des individus ne se sentent pas personnellement concernés par le changement climatique. C’est une menace trop abstraite, trop compliquée à se représenter et nos sens ne sont pas assez développés pour nous alerter sur l’augmentation de la quantité de CO2 dans l’air ou de la pollution de l’eau. »

Enfin, dans notre vie personnelle : 

« En une poignée d’années, deux technologies, la toile et les téléphones portables ont poussé nos relations vers le quantitatif, le ludique, le virtuel le fantasmatique et pourtant vers plus d’éphémère.(…) Entretenir une amitié, comme tout rapport humain, demande du temps.(…) ce sont dans les moments où le couple se révèle à éclipses que l’amitié tempère la solitude.(…) Mais tout doit tenir dans notre corset horaire immuable. Plus nous voulons élargir notre cercle amical, moins nous pouvons consacrer d’heures à chacun d’eux.»

Puis l’auteur suggère de prendre de la hauteur. J’ai retenu trois directions, dans l’optique du concept Selfarmonia :

« Prenons conscience en priorité de l’antinomie intime entre nos vies accélérées et notre capacité à réfléchir. Je ne parle pas là de notre intelligence pratique, (…) mais de l’indispensable réflexion sur cette manière de vivre et ses conséquences sur notre futur personnel et mondial. » (…) « Passé l’enfance, si nous ne pensons pas à long-terme, notre métier, notre équilibre affectif, nos choix, nos vrais désirs, personne ne le fera à sa place.

« N’est-il pas douillet de demeurer dans l’illusion d’éternité que nous offre un présent qui se renouvelle à chaque lever de soleil ? (…) Penser, viser le long-terme n’est ni facile ni naturel. Cela implique un effort mental, fait de concentration, d’imagination et de confiance en soi. D’autant que se projeter dans le futur, c’est aussi nous rapprocher de notre mort. »

« Plus nous serons nombreux à vouloir reprendre la maîtrise de notre corps et de notre tête, plus cette nouvelle contre-culture prendra de force. Il ne s’agit pas d’une ascèse punitive mais – ceux qui le pratiquent l’ont compris - d’un cheminement vers un vrai et profond bien-être. (…) Une bonne relation à soi-même peut devenir le moyen modeste, mais à terme puissant, de rouvrir les portes du long-terme. »
 

Il est donc urgent de prendre son temps, non ?


Selfarmonia