13 - La solitude à deux d’Alain Valtier aux éditions Odile Jacob

©H. Monnet

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Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,

Afin de préparer le séminaire d’été « Comment apprivoiser sa propre solitude au quotidien ? », il m’a semblé important d’aborder cette question sous un angle différent de ceux présentés l’an dernier dans les quatre premières newsletters. Il s’agit de la solitude à deux. J’ai d’ailleurs choisi pour illustrer mon propos des extraits du livre éponyme du psychothérapeute Alain Valtier, paru aux éditions Odile Jacob. L’intérêt de cet ouvrage réside notamment dans la présentation  de séances de psychothérapie, d’individus isolés ou de couples, comportant des dialogues significatifs avec le thérapeute.

Mais avant de détailler une douzaine de cas d’espèce représentatifs, Alain Valtier dresse au début de son livre, un petit état des lieux sociologique, tout à fait bienvenu :

« En France, un ménage sur trois est une personne seule. En matière de conjugalité, un mariage sur deux ou sur trois, selon les régions, se termine en divorce. Dans 70% des cas, les femmes formulent les requêtes de séparation, et elles rencontrent ensuite de grandes difficultés à retrouver un nouveau compagnon. Les hommes, eux, souvent hostiles au changement de l’état conjugal, n’ont que peu d’obstacle pour refaire leur vie. »

P 61-62 : « Tout est conçu aujourd’hui pour rendre possible la vie de célibataire. Même l’idéologie y est très favorable : une certaine exigence de savoir vivre seul est même valorisée.(…)A l’orée du troisième millénaire, le marché matrimonial en Occident est marqué par l’éclatement des modèles anciens. Aucune relève ne vient encore le remplacer. Un couple peut aussi facilement choisir de rompre que de durer. Cette alternative est le lot ouvert à tous, alors que chacun, en son for intérieur, attend la continuité. »

Ensuite, le thérapeute met en avant le fait « qu’un seul sujet est toujours constitué de ses deux parents. Biologiquement, il conserve en lui la marque déposée de sa double appartenance. Psychologiquement, il en va de même. Au travers de ses deux parents, deux cultures familiales s’expriment. Elles peuvent se contrarier ou se compléter, toujours elles s’assemblent pour le fabriquer. (…) Cependant, le sujet peut néanmoins influer sur le cours de sa destinée et intervenir en partie sur sa trajectoire. »

Alain Valtier entend bien sûr par là, la part de liberté que peut exercer l’individu grâce au travail sur soi, et notamment la prise de conscience qu’au sein de tout couple, se trouvent six entités : deux Mois, et chez chacun, deux parents plus ou moins fantasmés (*).

En effet, p115, le psychothérapeute précise : « Les liens qui créent l’attachement sont multiples et proviennent pour une grande part de la prématurité physiologique de l’enfant à sa naissance. Cette situation le rend particulièrement vulnérable et développe une étonnante sensibilité à celui qui l’élève et dont il dépend très longtemps pour sa survie. Le souvenir de cette relation de dépendance reste inscrit à tout jamais en lui et l’influence dans ses futures amours ».

Et, Alain Valtier de poursuivre p117 : « Lorsqu’un parent élève son enfant, il lui intime un ordre qui inclut simultanément son exact contraire. (…) Il propose : Aime ton père et/ou ta mère mais ne le possède pas. (…) » De ce fait, « le sentiment et l’acte qui l’accompagne sont transmis comme devant être dissociés. S’attacher et se libérer d’un même lien n’est pas chose facile…»

Notre sentiment de solitude dans le couple aurait donc pour origine cette difficulté affective à vivre cette« double contrainte » contradictoire durant l’enfance. Chacun s’en arrangerait plus tard, à sa façon, dans le ou les couples qu’il fondera. 

En outre, Alain Valtier ajoute p124 : « Le couple est la plus petite circonstance collective,(…) où l’autre, pressenti au début comme amical, peut facilement devenir l’ennemi préféré. (…) Car les cultures familiales qui composent le couple ont une tendance spontanée à l’affrontement. L’identité de chacun nécessite l’établissement de frontières, ne serait-ce que pour délimiter ce qui est du Moi et ce qui est du non-Moi. »

On est loin de l’attachement romantico-exclusif inculqué à certains - et surtout à certaines : tant mieux ! Ainsi une relation de couple relèverait davantage d’un numéro de funambule pour tenter de trouver la juste mesure du lien avec le partenaire. Voilà sans doute pourquoi l’exercice en est si périlleux ! Mais périlleux rime tout de même avec merveilleux, non ?

Selfarmonia

(*) en effet, au cours du développement psychique de l’enfant, c’est lors de la phase du complexe d’Œdipe que ces fantasmes inconscients apparaissent.