18 - André Comte-Sponville « Le capitalisme est-il moral ? » aux éditions Le Livre de Poche

L'Angélus de Jean-François Millet

L'Angélus de Jean-François Millet

Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,

Le vingt-cinq Décembre approche. On devrait a priori s’en réjouir. Mais peut-être pas tant que cela en constatant cette déferlante de consommation tous azimuts. Offrir des cadeaux, d’accord puisque c’est la fête, mais de quoi, de qui, et pourquoi ? Ne serait-il pas bienvenu de revenir sur la véritable signification de Noël ? Tout simplement pour le vivre différemment, de façon plus authentique ?
Le christianisme, qu’on le veuille ou non, fait partie de nos racines sociétales depuis plus de vingt siècles. Essayons donc d’être intelligents et tirons-en le meilleur parti. Or, que l’on soit croyant ou non, le message chrétien nous parle, me semble-t-il, de l’amour d’un homme-dieu pour ses frères humains, ainsi que de la célébration des humbles, voire de la cellule familiale. Ce n’est pas inintéressant, loin de là. Alors pourquoi diable, le consumérisme est-il venu s’en mêler, et à ce point ? C’est ce que j’ai voulu comprendre grâce au livre d’André Comte-Sponville « Le capitalisme est-il moral ? » (Ed. Le Livre de Poche).

Que nous dit en effet ce philosophe ?
P 38 : « Mon inquiétude, c’est que cette mort sociale  de Dieu, dans nos pays, ce soit en même temps la mort de l’esprit (…) Au point, les églises se vidant, que nous ne sachions plus remplir, le dimanche matin, que les supermarchés. On aurait tort de s’en réjouir. Permettez à l’athée que je suis de vous dire que ceci, les supermarchés, ne remplace pas cela, les églises. Et qu’une société qui n’aurait que des supermarchés à offrir, spécialement à ses jeunes, aurait vraisemblablement son avenir derrière elle. »
Cette mort sociale de Dieu qu’évoque André Comte-Sponville se traduit selon lui comme suit :
P40 : « Voilà qu’à la question, « que dois-je faire ? » Dieu ne répond plus. Ou plus exactement, voilà que ses réponses deviennent socialement de moins en moins audibles. Or il faut bien répondre à la question (…). C’est pourquoi nous avons aujourd’hui terriblement besoin de morale ! »
Voilà, le mot est lâché. Voilà pourquoi nous nous indignons devant cette consommation échevelée de fin d’année. D’ailleurs, certains reverraient volontiers les fondements de l’économie pour y insérer de la morale, à l’instar des premiers marxistes en leur temps. 
Mais André Comte-Sponville ne s’en tient pas là et, comme à son habitude, en bon pédagogue, il continue de clarifier les choses :
p 74 : « Prétendre que le capitalisme soit moral ou même vouloir qu’il le soit, ce serait prétendre que l’ordre scientifico-technico-économique soit intrinsèquement soumis à l’ordre de la morale, ce qui me paraît exclu par leur type respectif de structuration interne. Le possible et l’impossible, le possiblement vrai et le certainement faux, n’ont que faire du bien et du mal. (…) Cela vaut notamment pour l’économie. Les sciences n’ont pas de morale ; les techniques, pas davantage. Pourquoi l’économie, qui est à la fois une science et une technique, en aurait-elle une ? »
Dans cette histoire d’hyperconsommation de Noël, nous sommes donc en présence d’une amoralité et non d’une immoralité. Voilà qui rassure quelque peu. Mais cela suffit-il pour autant à répondre à la question « que dois-je faire ? » et ainsi donner du sens à cette fête ? 
Or André Comte-Sponville poursuit p 77 : « Que tout le monde veuille la croissance, cela n’a jamais suffi à empêcher une récession. Que tout le monde veuille la prospérité, cela n’a jamais suffi à empêcher la misère. Comment l’économie serait-elle morale, puisqu’elle est sans volonté ni conscience ? »
En outre, André Comte-Sponville nous donne une définition du sens p 239 : « Le sens, dans une société laïque, ne vaut que pour et par les individus (…) Il ne relève que du règne des fins, sans lequel rien ne peut nous satisfaire. »
Ainsi, pour chaque individu, c’est d’une conscience volontaire de la finalité que viendra le sens vrai de Noël. Celle qui consiste, pour les chrétiens, à revenir, sans faillir, aux sources de leur foi en Jésus de Nazareth. Et celle qui consiste, pour les autres, hommes de bonne volonté, à célébrer, de tout leur cœur et comme bon leur semble, la dignité de ceux réduits à vivre âprement l’humilité. 
En tous cas, j’espère que cette courte réflexion n’empêchera quiconque de vivre un carpe diem de bon aloi, sous forme de quelques agapes : alors joyeuses fêtes !

Helen Monnet

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