4 - Jean-Paul Kaufmann : «La femme seule et le Prince charmant», aux éditions Press Pocket

Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,

Voici notre dernier rendez-vous avant les vacances d'été. Il n'y aura pas de newsletter en juillet-août. Je vous retrouverai donc avec plaisir en Septembre. Ce mois-ci, les femmes seront encore à l'honneur. Mais rassurez-vous messieurs, je vous promets de la «mixité» à la rentrée ! 

©M.Roudnitska

©M.Roudnitska

Qui dit vacances, dit opportunité de rencontre. Oui, mais de quelle rencontre s'agit-il ? et que cache-t-elle ? Pour répondre à cette question, j'ai souhaité faire entendre le point de vue de la sociologie, à travers la voix de Jean-Paul Kaufmann, auteur de «La femme seule et le Prince charmant», Ed. Press Pocket. Grâce à un grand nombre de témoignages féminins, cet ouvrage mène une enquête très fine sur la relation complexe qu'entretiennent les femmes occidentales avec l'amour et le couple. 

Première remarque : l'auteur a apposé la majuscule au mot prince. Et s'il l'a fait, ce n'est pas par hasard. Car cette lettre rehaussée est le signe de notre idéalisation inconsciente, apparue dès nos plus jeunes années, suite à un conditionnement générationnel, voire séculaire.
Deuxième remarque : apparemment positive, cette idéalisation est une projection. Et comme telle, elle représente une cause de souffrance, sournoise, pour nombre de femmes : non seulement cette histoire de prince charmant nous impose une attente, mais en plus de quelqu'un qui n'existe pas!
Mais laissons la parole à Jean-Paul Kaufmann P 43, il souligne une autre source de mal être, qui vient se surajouter à ce mythe du Prince charmant : le doigt accusateur de la société. Le témoignage de Lydia le définit ainsi : «Je pourrais assez bien me faire à ma solitude si tant de regards, de mots et de situations ne s'unissaient pour former un doigt accusateur, pour bien me faire comprendre que je suis hors norme, donc suspecte.» Et l'auteur d'ajouter plus loin : «Le doigt accusateur grossit par un effet de perception : plus la femme l'imagine se pointer sur elle, plus les messages qu'il délivre ont tendance à s'aggraver. (...) d'imprévisibles vilénies cachées sont alors évoquées, comme l'exprime Charlène : «Mignonne comme je suis, ils doivent penser que si je vis seule, c'est que je dois avoir un problème quelque part». Mais surtout le soupçon majeur : la sécheresse de coeur. l'individualisation de la société sécrète, tel un contre-poison, la nécessité d'afficher ses vertus d'humanité. Or pour les femmes ces vertus se fixent, plus que pour les hommes, sur leurs capacité d'amour et de dévouement familial» On voit donc très bien comment le piège se referme sur les femmes. Insidieusement.
Admettons que ce premier écueil - de taille ! - soit écarté, que recherchons-nous secrètement dans cette rencontre ? Jean-Paul Kaufmann  parle du «confort d'une identité soutenue». Et il ajoute aussitôt : «mais payée au prix cher, celui de l'abandon de la créativité existentielle. Car le cadre qui protège dit à la place du sujet qui il est et qui il sera : mari, bébé, maison. (...) Lorsqu'une personne se situe au coeur d'une norme, elle est socialisée par cette dernière en même temps que sa perception critique à son propos diminue : il est inutile de se poser des questions puisque tout est normal.»
Et en page 166, Jean-Paul Kaufmann précise ce que recouvre réellement cette normalité : «Le couple ne peut se former que par la fusion d'une fraction des identités individuelles des conjoints : en devenant nous, il n'est possible de rester soi que sous contrôle et dans certaines limites.(...) Du point de vue de l'individu, cherchant à rester maître de son destin, il y a donc double abandon : une partie de l'identité est collectivisée, pendant que l'autre se voit définir un horizon obligé.» La «normalité» voilà bien un autre mythe à dépasser. Son moule ressemble terriblement à un carcan. Or est-ce vraiment ce que nous voulons, être «normales»?
Certes non. Alors, quelle «solution» met en exergue notre sociologue, sans pour autant la prôner?
«Un partenariat limité (p216). Ni tout à fait couple, ni vie en solo vraiment solitaire. 8% des femmes de 20 à 50 ans déclarent entretenir une relation amoureuse sans pour autant former un couple et ce chiffre (de 2001) est en augmentation.(...) l'idée est de vivre intensément l'autonomie tout en conservant quelque chose du couple. (...) La concession faite au couple est en effet contrebalancée par le caractère subversif de l'offre d'un nouveau modèle conjugal. Non plus basé sur la stabilité. Ni sur le partage d'un même territoire. Ni même sur un engagement total et exclusif. Une vie relationnelle et affective «à la carte», vigoureusement novatrice, un laboratoire vivant où chacun expérimente la solitude partagée.(...) Les autonomes accompagnées sont des inventeur(e)s qui s'ignorent».
Ça vous dit ?

Helen Monnet