2 - "Femmes qui courent avec les loups" de Clarissa Pinkola Estés aux éditions Grasset, Poche

Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,

Pour ce second rendez-vous, j'ai souhaité vous faire partager ma joie d'une autre lecture, fondamentale à mes yeux, pour toute femme mais aussi pour tout homme qui s'intéresse de près à son féminin intérieur : celle de "Femmes qui courent avec les loups" de Clarissa Pinkola Estés (Ed. Grasset, Poche).

  ©M.Roudnitska

©M.Roudnitska

Le sous-titre de l'ouvrage est à remarquer : Histoires et mythes de l'archétype de la Femme Sauvage. En effet, en matière d'archétypes, Clarissa Pinkola Estés en connaît un rayon, comme on dit, en tant qu'analyste jungienne, poétesse et conteuse (cantadora).

Chacun des chapitres est construit à partir de la symbolique d'une fable ou d'un conte, emprunté à différentes cultures, traitant de l'identité féminine et du Féminin, dans ses aspects les plus vibrants.
J'ai un aveu à vous faire : je n'ai ouvert ce livre que longtemps après l'avoir acheté sur les conseils recurrents d'une amie. Son titre et son sous-titre me faisaient peur, parce que des restes de mon éducation bourgeoise associaient encore "loups" à cruauté bestiale et "femme sauvage" à animalité primaire.
Fort heureusement, j'ai ouvert le livre... et telle une louve, je l'ai dévoré. J'en relis même des passages de temps à autres car ils me font du bien, en me reconnectant à ma nature féminine profonde.

Aujourd'hui, pour la préparation de notre séminaire estival, je voudrais mettre particulièrement en exergue un extrait du chapitre "Rentrer chez soi : retour à soi-même", qui fait suite au conte nordique "Peau de phoque, peau d'âme" et intitulé "la pratique de la solitude intentionnelle" :
"Pour converser avec le féminin sauvage, une femme doit temporairement quitter le monde et adopter un état de solitude au sens le plus ancien du terme. Autrefois le mot alone (seul) s'écrivait en deux mots, all one, ce qui signifie totalement un. C'est là précisément le but de la solitude. Elle est la cure à l'extrème fatigue auquel nombre de femmes d'aujourd'hui sont réduites et qui les fait, comme on dit enfourcher leur monture et galoper de tous les côtés. La solitude n'est pas, comme certains croient, une absence d'énergie ou d'action, mais plutôt une corne d'abondance offerte par l'âme."
Retrouver la totalité en soi, en mettant de côté la dispersion à laquelle nous oblige trop souvent la "civilisation", voilà une saine démarche que chaque femme se doit à elle-même, si elle veut un tant soit peu se respecter'pour ensuite respecter pleinement autrui.

Et Clarissa Pinkola Estés de poursuivre :
"Dans les temps anciens, si l'on en croient les médecins-guérisseurs, les religieux et les mystiques, la solitude intentionnelle était à la fois palliative et préventive. On l'utilisait pour soigner l'épuisement et prévenir la lassitude.On en faisait aussi un oracle, une façon d'écouter son être intérieur pour solliciter le conseil qu'on n'aurait autrement pu entendre dans le brouhaha du quotidien."
En effet, de nos jours, l'épuisement est perfide, surtout l'épuisement émotionnel ou moral. Nous ne le voyons pas sourdre en nous, et nous tirons toutes et tous trop longtemps sur la corde de notre sensibilité. Elle résiste un temps, mais si l'on n'est pas vigilant à certains signes avant-coureurs (nervosité, impatiences, ratiocinations, agacements,?), nous en sommes les victimes et pouvons aller jusqu'au "burn-out". Pourquoi en arriver là, alors que tout est en nous. La réponse à notre anxiété d'être est là, si proche. Il suffit de tendre l'oreille, d'écouter notre intuition'féminine.

"Dans l'Antiquité, les femmes réservaient un lieu sacré pour cette recherche, cette communion et aujourd'hui encore, les femmes aborigènes font souvent de même.On dit que cela avait traditionnellement lieu durant les menstrues, car à cette période, la femme est plus proche de la connaissance de soi que d'habitude : la membrane entre l'esprit conscient et l'inconscient s'amincit considérablement."

Ouvrir une porte que l'on sait seulement entr'ouverte, celle du subconscient, demande certes un peu de courage. Mais c'est un courage dont les femmes n'ont pas peur de faire preuve, car il fait partie de leur aptitude spécifique. Les femmes, si on leur en laisse l'occasion, aiment dialoguer avec le mystère de la vie.