1 - André Comte-Sponville : "L'amour, la solitude" (Ed. Paroles d'Aube)

Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,
Pour ce premier texte mensuel, destiné à celles souhaitant préparer activement notre séminaire estival, j'ai opté de donner la parole à la philosophie, par la voix d'André Comte-Sponville.

©M.Roudnitska

©M.Roudnitska

Pourquoi lui, me direz-vous? 

Tout d'abord parce que j'ai eu le privilège de rencontrer cet "honnête homme", qui "dit ce qu'il croit, et qui fait ce qu'il dit" - et ma foi, il n'y en a pas tant en ce monde...
Ensuite parce qu'il a écrit ce remarquable ouvrage,"L'amour, la solitude" (Ed. Paroles d'Aube) qui, en son temps, m'a véritablement permis de grandir en solitude, comme chacun d'entre nous, je crois, y est appelé. J'avais donc grande envie de vous faire connaître ou redécouvrir sa pensée, si vivifiante.
Et enfin, parce que je partage avec lui une même définition de la philosophie: 
"La philosophie est une pratique discursive, qui a la vie pour objet, la raison pour moyen et le bonheur pour but."

Quant à la solitude, voici ce que André Comte-Sponville  en dit: 
"C'est évidemment notre lot à tous : le sage n'est plus proche de la sienne que parce qu'il est plus proche de la vérité. Mais la solitude n'est pas l'isolement: certains la vivent en ermite, certes, mais d'autres (...) - les plus nombreux - dans la famille ou dans la foule... Etre seul, c'est être soi, rien d'autre. Comment serait-on autre chose? Personne ne peut vivre à notre place, ni mourir à notre place, ni souffrir ni aimer à notre place: la solitude n'est qu'un autre nom pour l'effort d'exister."

Certes. En outre, il me semble bon d'aller au-delà d'une certaine banalisation de notre existence et de rendre à cet "effort d'exister" ces lettres de noblesse, lui donner force et panache grâce à une véritable estime de soi. Il ne s'agit bien sûr en rien d'une culture de l'ego, ni d'un quelconque "narcissisme - lequel est un rapport non à soi, mais à son image, par la médiation du regard de l'autre" mais d'une amitié, profonde et loyale, envers celui ou celle que l'on est, à la fois ici et maintenant, et en perpétuel devenir.

Et A.Comte-Sponville de poursuivre :
"la solitude n'est pas le refus de l'autre, au contraire : accepter l'autre, c'est l'accepter comme autre (et non comme un appendice, un instrument ou un objet de soi!) et c'est en cela que l'amour, dans sa vérité, est solitude."

En effet, pourquoi considérer si souvent l'autre comme une entrave? Cet autre n'est-il pas aussi singulier, aussi unique que nous le sommes? Or l'unicité se saurait se combattre elle-même. En vivant pleinement sa condition de solitaire intrinsèque, je demeure persuadée que chaque homme soutient celle de l'autre. Une dynamique différente s'instaure alors. Et le monde humain se révèle un puzzle gigantesque, dont l'arrangement fascinant des pièces, en perpétuel mouvement, charme notre âme par sa fluidité magique.

D'ailleurs, André Comte-Sponville ajoute un peu plus loin:
"la solitude demeure, non pas à côté de la société, mais en elle et en nous (...) Le plus souvent, nous sommes à la fois tout seuls et tous ensemble. (...) Tout courage vrai, tout amour vrai, même au service de la société, suppose ce rapport lucide à soi, que j'appelle la solitude. L'egoïsme et la socialité vont ensemble ; ensemble la solitude et la générosité" Or qu'est-ce que la générosité, si ce n'est s'accorder à soi-même, d'abord, un peu de patience, d'espace intérieur pour se nourrir de ce qui nous tient vraiment à coeur, en un mot de notre Essentiel?
Mais encore faut-il le vouloir... Et en la matière, André Comte-Sponville  écrit ceci :
"la différence entre la volonté et l'espérance, c'est qu'on n'espère que ce qui n'est pas en notre pouvoir alors qu'on ne peut vouloir que dans le champ d'une action immédiatement possible (...) En vérité, les deux vont de pair: on espère d'autant plus qu'on est moins capable d'action, et d'autant moins qu'on sait agir davantage."

Bonne lecture à vous!