25 - La Logique occidentale du « OU » et la Logique orientale du « ET » selon Helen Monnet

© H. Monnet

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Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,

Une fois n’est pas coutume, je vous livre un texte de ma composition. Commençant mon activité de coach interculturelle, notamment entre l’Europe et l’Asie – ce qui ne surprendra guère ceux qui me connaissent bien ! – je vous propose une réflexion sur la Logique du « Et ».

Mais je poursuis toujours ma consultation en relaxologie respiratoire, et ma newsletter se fait aujourd’hui le relais d’un article du No de Janvier 2012 de Psychologies Magazine sur les origines de la dépendance au tabac et le sevrage tabagique  :

LA LOGIQUE DU « ET »

  • PETIT RAPPEL sur LA LOGIQUE DU « OU »
    En Occident, depuis Aristote, prévaut le plus souvent la logique du « OU » : une chose et son contraire ne peuvent co-exister (ex : la nuit et le jour). Le « OU »  implique un choix obligatoire entre les deux, en fonction de certains critères à fixer.
    Exemple en entreprise : en matière de fusion-acquisition, il arrive souvent que l’acquéreur, parce qu’il est l’acquéreur, impose son mode de gestion et sa culture à la société acquise, d’une part parce qu’il estime que ceux-ci ont fait leurs preuves, et d’autre part, en vue d’une uniformisation de fonctionnement, histoire de simplifier et de faciliter a priori le mode organisationnel de la nouvelle entité.
    De fait, la logique du OU met de côté la possibilité d’une troisième voie, c’est donc une logique dite du « tiers exclu ».

  • LA LOGIQUE DU « ET »,  issue du TAOISME
    L’un des principes essentiels du Taoisme se trouve inscrit dans la ROUE du TAO : Le Noir représente le principe d’action Yang et le Blanc le principe de réceptivité Yin, deux énergies universelles présentes dans tout être et toute chose et qui sont non pas opposées (contrairement aux apparences) mais complémentaires.
  • Cette roue, comme toutes les roues, tourne mais sans jamais s’arrêter. Le Noir/Yang cède peu à peu et inexorablement la place au blanc/Yin puis celui-ci cède peu à peu et inexorablement la place au Noir/Yang, etc… 

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  • Cette roue illustre :
    1. l’alternance des énergies complémentaires
    2. le complément se trouve toujours à l’état latent de potentialité chez l’autre
      (le point blanc du Yin dans le Noir du Yang, le point noir du Yang dans le Blanc du Ying)

    Que pouvons-nous  tirer de cela dans le contexte de l’entreprise ?
    1. Savoir créer une profonde complémentarité en terme de valeurs : ressources de compétences (techniques, métiers, savoirs-faires) ET de culture (vision, éthique)
    2. Décrypter une similitude de fond dans ce qui est apparemment différent au niveau formel peut permettre une meilleure convergence managériale (notamment lors d’une phase d’intégration).
  • LA LOGIQUE DU « ET »,  issue du BOUDDHISME
    Le Bouddhisme enseigne notamment ces quatre principes :
    1. L’élaboration approfondie d’une vision partagée à tous les niveaux de l’entreprise et son intégration effective au niveau opérationnel entraine une mutualisation des énergies humaines, où la motivation de tous sera au rendez-vous grâce à la créativité de chacun. Cela engendrera à moyen terme une meilleure résistance face à certains impacts destructeurs du marché.
    2. Lors d’une restructuration, il existe un « effet de levier » fructueux à trouver dans la création d’une nouvelle culture d’entreprise, à partir du référencement des bonnes pratiques de la société vieillissante. En effet,  si on met en place un processus de co-construction, réalisé de façon équanime, cela sera davantage source de profit à moyen terme.
    3. Inutile de perdre du temps dans une lutte sans fin et souvent stérile : le concurrent est à considérer comme une source inépuisable d’apprentissage et un aiguillon pour progresser.
    4. L’économie de mondialisation évoluant très vite, une entreprise bénéficiaire aujourd’hui peut demain se retrouver fortement concurrencée simplement sur ses coûts de production et ses tarifs, ou/et  devenir la cible d’un acquéreur plus ou moins hostile. Dans les deux cas de figure, il s’ensuit souvent une perte de valeurs sur le plan humain et financier. Si le management a créé en amont une culture d’entreprise où le  futur se prépare dans le présent, il peut se baser sur une anticipation effectuée dans la souplesse, grâce à un « lâcher-prise » permanent de ce qui n’est plus adapté, et non plus à un moment plus ou moins approprié.


Que pouvons-nous  tirer de cela dans le contexte des entreprises ?

  1. L’Impermanence est partout présente dans l’univers : tout être, toute chose et tout phénomène est en perpétuel changement, même imperceptible (ex : le renouvellement des cellules du corps humain) et rien ne dure vraiment

  2. Il n’existe aucun effet sans cause, ni de cause sans effet : les bonnes causes produisent de bons effets mais l’inverse est aussi vrai…

  3. Il n’y a pas une chose ou son contraire mais la notion de tiers inclus :  1+1 = 3

  4. Mon ennemi est mon maître.

Psychologies Magazines, Janvier 2012, p 136/137 :

  • « Le tabagisme peut aussi camoufler une peur du vide ou de l’ennui, deux composantes d’un état dépressif. Il est de fait important de réfléchir à des stratégies pour enrichir et redonner des couleurs à son existence.(…) L’objectif : imaginer un quotidien émaillé d’activités porteuses de sens. Enfin, la peur du manque, au cœur de toutes les addictions, qui renvoie l’individu dépendant à ses propres frustrations. Plongeant ses racines dans les premières expériences de la relation unissant le nourrisson et sa mère, le rapport au manque et à la frustration peut faire l’objet d’une démarche en thérapie si la situation est vécue de façon trop douloureuse. »
  • « Toux, aphtes, migraines, vertiges, troubles digestifs, fatigue… la liste est longue des désagréments que l’organisme est susceptible de connaître au cours du sevrage. Il n’est pas rare non plus de voir apparaître des troubles du sommeil et de la concentration, une irritabilité et une anxiété diffuses, voire un véritable état dépressif. »
  • « Parmi les étapes importantes du pré-sevrage, celle consistant à réfléchir aux cigarettes « désagréables » : prendre conscience des moments où fumer est pénible est un bon moyen de se préparer à l’arrêt, (…) comme en allumer une sur un trottoir gelé. »
  • « Nonobstant le niveau d’intoxication propre à chacun, ce temps de maturation nécessaire avant l’arrêt explique sûrement pourquoi certains fumeurs rechutent et d’autres non. (…) René Molimard (*) distingue les « stoppeurs » des ex-fumeurs. Les premiers ont arrêté de fumer au prix d’un combat permanent contre eux-mêmes, et restent sous l’emprise psychologique de leur addiction ; les seconds ont pris le temps de murir leur motivation et ne refumeront pas car ils ont réglé leurs comptes avec le tabac. »

 

(*) Auteur de  « La Fume » et « Petit manuel de défume », Ed. De Borée, 2