9 - Carl G. Jung : « Le yoga et l’occident » in « Psychologie et Orientalisme » aux éditions Albin Michel

Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,
Avant tout, permettez-moi de souhaiter à tous et à chacun en particulier une nouvelle année empreinte de lumière et de sérénité, qui vous permettra de savourer davantage l’instant présent !
Vous n’êtes pas sans ignorer que l’auto-relaxation respiratoire que je pratique est issue du yoga
Ce mois-ci je vais donc vous transmettre ce que CG.Jung pensait du yoga, notamment dans un passage de « Psychologie et Orientalisme » (Ed.Albin Michel), intitulé « Le yoga et l’occident ». Bien que datant de 1936, ce chapitre est d’une grande actualité. Jugez plutôt :

« En dehors même du charme de la nouveauté et de la fascination des choses à moitié comprises, le yoga a, pour de bonnes raisons, un grand  nombre d’adeptes. Il apporte non seulement la voie tant recherchée, mais encore une philosophie d’une profondeur inouïe. Il donne la possibilité d’une expérience contrôlable et satisfait ainsi le besoin scientifique de « faits ». 
Ce subtil équilibre entre une vision du monde très ouverte et un pragmatisme du quotidien qu’offre le yoga est en effet ce que beaucoup d’entre nous recherchent aujourd’hui, me semble-t-il, plus ou moins consciemment. 

« Les procédures multiples et purement physiques du yoga représentent également une hygiène physiologique supérieure à la simple gymnastique ou aux exercices respiratoires courants, dans la mesure ou cette hygiène n’est pas purement mécanique et scientifique mais aussi philosophique. Car, dans ces exercices, elle relie le corps à la totalité de l’esprit, ce qui est particulièrement vrai dans le Prânayâna, où Prâna est à la fois la respiration et la dynamique universelle du cosmos. (…) la pratique du yoga est inimaginable et serait également inefficace sans les idées du yoga. »

Dans ma pratique de l’auto-relaxation respiratoire, je reprends ainsi une des grandes idées du yoga : j’associe à la diffusion du souffle lors de l’expiration dans les différentes parties du corps, une lumière blanche. Pourquoi ? Parce que la lumière blanche, présente dans la pratique du yoga, se retrouve dans toutes les cultures, non seulement comme un symbole de purification mais aussi de dépassement. Rendre son corps lumineux, minutieusement, partie par partie, c’est lui rendre la valeur qu’il mérite et non plus le considérer comme une simple machine obéissante. En un mot, le sacraliser, sans pour autant tomber dans la religiosité.

En outre, « (…)le yoga constitue l’expression adéquate et la méthode parfaitement adaptée pour fondre ensemble corps et esprit afin qu’ils constituent une unité difficilement contestable et créent ainsi une disposition psychologique permettant des intuitions transcendant la conscience. »
En effet, l’un des bienfaits de la relaxation respiratoire issue du prânayoga est de conjuguer au mieux ce que veut le corps (éviter la douleur), grâce à la détente, et le mental (rester en éveil) grâce à la concentration. Cette harmonisation permet aussi, à terme, de générer un état de conscience plus vaste. Aussi pour le développer, j’insiste toujours sur la capacité qu’à la personne de s’émerveiller du fonctionnement incroyablement précis de son propre corps et de sa fiabilité, à l'état sain, presque à toute épreuve. Cela engendre mentalement un sentiment de gratitude envers ce corps, ainsi qu’une joie tangible, profonde et… inépuisable (puisque reproductible à l’envi) !

Cependant, malgré cette ardente promotion du yoga, Jung est très pessimiste quant à la capacité des occidentaux à le pratiquer : « nous autres Européens, nous sommes ainsi faits que nous sommes incapables d’en appliquer les méthodes correctement. »
En dépit de ma grande admiration pour le psychothérapeute, je dois m’inscrire en faux contre cette assertion, ou plutôt, je préfère la préciser : je pense que l’européen moyen n’est en mesure de pratiquer que certains exercices de yoga, adaptés à sa culture (il a peu l’occasion de s’asseoir par terre) et à son quotidien (il dispose de peu de temps) parmi la multitude qui existent. Ce sont  généralement les plus simples et les plus courts, qui donc peuvent être appliqués correctement et qui ne manquent pour autant d’être efficaces, même rapidement.

Mais là où, en revanche, je rejoins Carl Gustav, c’est quand il souligne que « (…)l’esprit européen a besoin du retour à la nature mais pas selon Rousseau. (…) Ce qui lui manque, c’est la conscience de son infériorité vis à vis de la nature, autour de lui et en lui. Ce qu’il devrait apprendre c’est qu’il ne peut pas ce qu’il veut ». Le terrible tremblement de terre haïtien vient encore de lui donner raison. Et en ces temps de changements climatiques, c’est à mon avis loin d’être terminé... Jung était donc un écolo avant l’heure ! 

Helen Monnet

©JP. Arena

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