22 - « L’Apprentissage de l’Imperfection », de Tal Ben-Shahar aux éditions Press Pocket

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Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,

J’espère que vos vacances en ont été de véritables (je pense notamment aux mamans…). Car en cette fin du mois d’Août, la rentrée se profile. Et avec elle, un certain nombre de bonnes listes et de résolutions en tous genres pour la rendre « parfaite ». Or, pour prévenir chez vous toute anxiété d’anticipation intempestive, je viens aujourd’hui vous présenter un ouvrage d’une clarté confondante : « L’Apprentissage de l’Imperfection », de Tal Ben-Shahar publié cette année chez Press Pocket.

Suite à la préface du Dr. Christophe André (cf.Newsletter no12), l’auteur passe en revue les différentes manifestations du perfectionnisme – et Dieu sait si elles sont nombreuses et pernicieuses ! - puis propose au fil des pages des exercices pratiques pour s’en départir au mieux.

Mais tout d’abord Tal Ben-Shahar fait un état des lieux : « Longtemps, les psychologues ont tenu le perfectionnisme pour une forme de névrose. (…) Les psychologues actuels distinguent un perfectionnisme positif, adaptatif et sain, et un perfectionnisme négatif, mal adapté et d’essence névrotique. » Selon l’auteur, les personnes atteintes de ce second type se caractérisent par le refus ainsi que la peur de l’échec, le refus de leurs émotions douloureuses et même le refus de reconnaître leur propre réussite.

J’aimerais ici tout particulièrement insister sur le refus des émotions douloureuses : en effet, la société dans laquelle nous vivons, par les obligations de performance, parfois drastiques, qu’elle impose au plus grand nombre, nous pousse à nier, plus ou moins consciemment, ce type d’émotions, qui font tache dans le tableau que nous voulons dresser de nous-mêmes. 

D’ailleurs, en tant qu’ancien perfectionniste au sens dur du terme, Tal Ben-Shahar témoigne : « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours su que la clé de la réussite, c’était le travail acharné. (…) Mais le perfectionniste en moi allait trop loin dans l’application du mantra « travail acharné » - trop loin ou plutôt dans la mauvaise direction. (…) En tant que sportif, j’étais flatté quand les fans de squash disaient que je m’entraînais et que je jouais comme une machine bien huilée. J’avais une vision scientifique, systématique du jeu ; je me donnais à fond, j’observais une discipline stricte, je ne laissais rien transparaitre de ce que je ressentais sur le court et, quel que soit mon degré de fatigue, mon adversaire ne devait jamais s’apercevoir de rien.(…) le stress permanent auquel je me soumettais quand je jouais, le « burn out » qui s’est manifesté sous forme de perte de motivation et d’énergie, les blessures qui ont fini par mettre un terme à ma carrière….tout cela était le produit de ma vision perfectionniste, « mécaniste » des choses.  »

Or, ceci n’est pas vrai que pour les sportifs, bien sûr. En entreprise, certains types de managements autoritaires procèdent de la même manière. Et Tal Ben-Shahar de citer les auteurs Loehr et Schwartz (*) : «  Les cadres doivent apprendre ce que savent déjà les grands athlètes : reconstituer son énergie, c’est aussi important que de la dépenser. »

Pour ma part, je pense que gérer son propre capital énergétique constitue non seulement une hygiène incontournable mais aussi et surtout un respect que l’on se doit à soi-même : sinon qui le fera à notre place ?

Puis Tal Ben-Shahar poursuit : « Dans le domaine de la psychologie, les blessures surviennent au niveau de l’affectivité. Si tout à coup on se sent léthargique, anxieux, déprimé, c’est le signe qu’on a besoin de récupérer pendant quelque temps. Ces signaux sont plus subtils, plus faciles à traiter par le mépris que les lésions corporelles. (…) Souvent on ferme les yeux sur ces signaux affectifs ou bien on les muselle grâce à la chimie. » Et il ajoute : « Le problème dans le monde de l’entreprise, n’est pas, aujourd’hui, la quantité de travail fourni, mais l’insuffisance des temps de récupération. »

Ensuite, le psychologue approfondit l’ampleur du déni de ces émotions et cite son homologue Brad Blanton (**) «  Nous  mentons tous comme des arracheurs de dents, cela nous éreinte, et c’est là que réside la principale source de stress chez les êtres humains »

Puis Tal Ben-Shahar ajoute : « Quand on dissimule une partie de soi-même, qu’on ment sur ce qu’on ressent, la tension normalement liée au mensonge est aggravée par le stress du refoulement affectif. (…) Une récente étude publiée en Allemagne révèle que les personnes tenues de sourire dans le cadre de leur profession, sont plus sujettes à la dépression, au stress, aux maladies cardio-vasculaires et à l’hypertension. » 

Selon l’auteur, un « interlude reconstituant » est absolument nécessaire « pour se remettre de cette duperie affective (se confier à un ami, tenir un journal intime, ou simplement rester seul dans sa chambre). »

A mon humble avis, c’est un minimum. Et que diriez-vous de vous offrir à vous-même une séance de relaxation respiratoire, et d’écouter tranquillement  votre corps : il ne ment pas lui ! 

Helen Monnet

(*) « Les athlètes de l’entreprise » - Harvard Business Review, 2001
(**) « L’honnêteté radicale » - Ed. Louise Courteau, 2009