10 - Irvin Yalom : « Thérapie existentielle » (Editions Galaade)

Cher(e)s ami(e)s de Selfarmonia,

Le mois de février est notamment le mois du Carnaval. Depuis des temps très anciens, cette fête constitue un rituel : celui du passage de l’hiver au printemps, de la mort à la vie. La vie n’est donc pas envisageable sans l’existence de la mort. C’est ce sujet qu’aborde très bien Irvin Yalom dans la première partie de son ouvrage, intitulé « Thérapie existentielle » (Editions Galaade). J’en recommande vivement la lecture à ceux qui veulent approfondir cette question, car son propos est très bien étayé, notamment grâce à de nombreuses citations philosophiques. En voici toutefois quelques extraits commentés :

Dans l’introduction de son livre, cet universitaire et analyste américain, à l’instar de son prédécesseur Viktor Frankl, part du principe que la découverte du sens profond de la vie constitue l’essentiel d’une psychothérapie : « J’ai souvent remarqué dans le travail clinique que l’investissement énergétique du thérapeute et du patient augmentait considérablement lorsque les enjeux existentiels étaient abordés. » 

Et parmi eux, il y a bien sûr le rapport de l’homme à sa propre mort : « En règle générale, nous évoluons dans le premier mode d’existence, celui de l’oubli de l’être, qui constitue le mode quotidien de l’existence, mode « impropre » (inauthentique) selon Heidegger, dans lequel nous ne sommes pas conscients de notre pouvoir de création sur notre vie, (…) où nous évitons les choix en étant « accaparés par le monde et la co-existence des autres dans le on ». En revanche, lorsque nous accédons au second mode d’être, authentique, (…) nous accédons à la pleine conscience de nous mêmes - conscience de soi en tant que moi transcendantal (constituant) autant qu’empirique (constitué); nous saisissons nos possibilités autant que nos limites, nous sommes confrontés à la liberté absolue et au néant(…). Et la mort dans tout cela ? Heidegger prit conscience que le passage entre le mode d’oubli de l’être à celui – éclairé autant qu’angoissé - de conscience de soi ne s’effectue pas par l’exercice de la simple contemplation, par illumination soudaine ni persévérance.(…) : c’est la mort, en tant que situation ultime, qui constitue la condition nous permettant de vivre de façon authentique. »

En effet, la prise de conscience de notre finitude, par exemple au moment de la mort d’un proche ou suite à une maladie grave, nous permet de basculer de l’inauthenticité à l’authenticité. Mais une fois cette prise de conscience survenue, il me semble important de la cultiver, car sinon, il y a un risque de retourner à l’inauthenticité. Pour cela, il apparaît fondamental de trouver, de temps à autre, des moments de solitude introspective, afin de se demander tranquillement mais fermement : « Si je quitte ce monde dans une heure, que serais-je particulièrement heureux d’avoir accompli ?,Et que saurais-je laisser derrière moi  sans trop de regret ? » mais aussi : « Avant de quitter cette terre, que serais-je vraiment fier de pouvoir encore connaître, partager, etc… ? Et quelle trace, l’être unique que je suis pourrait-il laisser ? »

P 59, Irvin Yalom poursuit : « La terreur de la mort de par son omniprésence et son intensité, mobilise chez chacun de nous une proportion considérable d’énergie vitale utilisée dans les défenses du déni. »

Si chacun de nous parvenait à réaliser que ce potentiel d’énergie dédié au déni de la mort pouvait être consacré à autre chose dans son quotidien, imaginez un peu à quoi ressemblerait la créativité humaine, ainsi débarrassée de cette agitation qu’est la peur mortifère ?

Et Irvin Yalom d’ajouter p 223 : « Si nous avons la chance de nous confronter à notre mort et d’expérimenter la vie comme la « possibilité de la possibilité » (Kierkegaard) et de considérer la mort comme « la possibilité indépassable » (Heidegger), alors nous pouvons prendre conscience que tant que nous sommes en vie, cette possibilité est la nôtre ; nous pouvons changer notre vie jusqu’au dernier moment, mais uniquement jusque-là. »
On le voit, méditer sur sa mort « ne ressemble en rien à une préoccupation morbide mais à une incitation à se recentrer » et à « goûter la vie dans toute sa plénitude ».

Ca vous tente ?

H. Monnet